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Isabelle Ratié : Reconnaissance du Seigneur

lundi 4 juin 2018

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Mais dans la perspective de la Pratyabhijñā Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
, la question Frage
fragen
question
questão
questionner
questionar
pergunta
perguntar
pregunta
preguntar
de l’identité est loin de se réduire à celle de la permanence du sujet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
. Car Utpaladeva Utpaladeva
Utp
Utpala
Utpaladeva (« Seigneur du Lotus Bleu ») ou Utpalācārya (Xe siècle), philosophe shivaïte (śaivasiddhānta) du Cachemire, élève de Somānanda et maître de Abhinavagupta.
et Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
distinguent clairement individualité et identité : s’ils considèrent, contre les bouddhistes, que l’individu Einzelnhet
singularité
singularidade
singularity
singularidad
individuality
individualidade
individualidad
individuation
individuação
individu
indivíduo
individuum
individual
vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
créature
criatura
creature
personne
pessoa
person
est un ātman âme
psyche
psukhê
alma
soul
atman
ātman
atmâ
âtmâ
, ils affirment aussi, avec les bouddhistes cette fois, que l’individualité elle-même n’est que le produit d’une identification erronée. Le sujet empirique est certes un Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
— mais pas le Soi étriqué, engoncé dans le corps Körper
corpo
corps
cuerpo
body
Deha
et les cognitions limitées par diverses conditions contingentes qu’il croit être, précisément parce que les états corporels et les cognitions sont soumis à l’ordre temporel Zeitlichkeit 
zeitlich
temporellité
temporel
et donc à une constante altération. Pour la Pratyabhijñā, la Reconnaissance de Soi suppose par conséquent la réalisation que le sujet empirique n’est pas ce dans quoi il croit d’ordinaire se reconnaître — le corps et la série des cognitions qui lui est associée. Cette Reconnaissance est en effet Reconnaissance du Seigneur (īśvarapratyabhijñā) en Soi-même (svātmani) [1] — c’est-à-dire réalisation que le sujet empirique n’est autre que le Seigneur Shiva
Śiva
le Seigneur
(īśvara) [2] conçu comme une conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
aux pouvoirs de connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
et d’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
infinis : reconnaître le Soi pour ce qu’il est réellement, c’est prendre conscience de l’identité du sujet empirique avec cette conscience omnisciente et omnipotente — ou, littéralement, de leur non-dualité non-dualité
não-dualidade
advaita
non-duality
non-dualidad
non-dualisme
(advaya) [3].

Car en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
tout, pour la Pratyabhijñā, n’est que manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
de cette conscience unique — tout, c’est-à-dire non seulement la totalité Ganze
Ganzheit
Ganzsein
Ganzseinkönnen 
le tout
totalité
être-tout
pouvoir-être-tout
intégralité
entièreté
o todo
totalidade
ser-todo
ser-um-todo
nikhila
totality
des sujets empiriques, mais aussi la totalité des objets dont ils ont conscience ; et la Reconnaissance implique la réalisation de cette identité fondamentale de l’univers Univers
Universo
Universe
avec la conscience absolue. Certes, toute cognition intellection
intelecção
intelección
cognição
cognición
cognition
mentation
perceptive présente son objet comme extérieur innen
intérieur
interior
inner
außen
aussen
extérieur
exterior
outer
Innenseins
être intérieur
ser interior
interiority
antaratva
(bāhya) à la conscience qui s’en saisit : voir le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
Olam hazé
dṛśyam
, c’est l’appréhender comme distinct de soi — comme le dehors de la conscience. Néanmoins, Utpaladeva et son commentateur s’appliquent à démontrer que cette extériorité (bāhyatva) apparente des objets de conscience repose en dernière instance sur la non-dualité dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
(advaya) des objets et de la conscience (c’est-à-dire sur le fait que les objets n’ont pas d’autre réalité que celle de la conscience et n’en sont que des aspects) et que c’est parce que le sujet empirique et son objet ne sont que les manifestations d’un Soi unique que le sujet empirique peut appréhender l’objet comme une entité distincte de lui. Utpaladeva et Abhinavagupta entreprennent ainsi de démontrer ce que les āgama affirmaient dogmatiquement : l’univers n’existe pas hors de la conscience qui se le représente, ou encore, il n’existe qu’en vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de son identité avec la conscience. Les chapitres 5 et 6 de cette étude examinent la démonstration Beweis
démonstration
prova
proof
de cet idéalisme Idealismus
idéalisme
idealismo
idealism
absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
Bhairava
Paramaśiva
— mais aussi la différence entre l’idéalisme de la Pratyabhijñā et l’idéalisme bouddhique du Vijñānavāda. Car les vijñānavādin considèrent eux aussi que l’objet de conscience n’est pas extérieur à la conscience qui l’appréhende, et à cet égard comme à d’autres, la Pratyabhijñā a subi une puissante influence de la part du bouddhisme ; elle n’entend pas moins souligner la distance qui sépare son idéalisme de celui de ses rivaux bouddhistes.


Voir en ligne : LE SOI ET L’AUTRE


[1Voir par exemple Īśvarapratyabhijñāvimarśinī, vol. I, p. 271 : « Le but principalement poursuivi [dans ce traité ] , à savoir la Reconnaissance du Seigneur (īśvarapratyabhijñā) en Soi-même (svātmani)... ».

[2Voir par exemple ĪPVV, vol. II, p. 335 : « Le but principal de ce traité, à savoir la mise en évidence de la voie (upāya) qu’est la Reconnaissance que l’on consiste soi-même en le Seigneur... ».

[3Ainsi Abhinavagupta désigne-t-il un partisan de sa propre théorie comme un īśvarādvayavādin, un « partisan de la non-dualité (advaya) avec le Seigneur (īśvara) » (voir par exemple ĪPVV, vol. II, p. 122, cité infra, chapitre 8, n. 64, ou ĪPVV, vol. II, p. 129, cité infra, chapitre 6, n. 44).

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