Philosophia Perennis

Accueil > Tradition hindoue > Isabelle Ratié : la connaissance

Isabelle Ratié : la connaissance

mardi 5 juin 2018

honnêteté
honestidade
honesty
honneur
honra
honradez
honor
honour
retitude
retidão

Le terme jñāna connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
conhecimento
jñāna
jnāna
jnana
est un substantif formé sur la racine verbale jñā-, laquelle dénote, d’une manière générale, l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
de connaître ; et de fait, on traduit souvent le terme jñāna par « connaissance ». Une telle traduction est certes commode dans la mesure où, selon les contextes variés dans lesquels le terme est employé, il peut signifier « conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
conscient
purusârtha
samvid
bodha
cit
chit
 », « cognition intellection
intelecção
intelección
cognição
cognición
cognition
mentation
 », « savoir Wissen
saber
savoir
 », « science Wissenschaft
science
sicences
ciência
ciências
ciencia
ciencias
episteme
επιστήμη
epistêmê
 » ou même « gnose » — en bref, il renvoie toujours à une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de connaissance. Mais de quelle connaissance les philosophes bouddhistes et ceux de la Pratyabhijñā Identität
identité
identidade
identity
identidad
pratyabhijnā
pratyabhijñā
reconnaissance
reconhecimento
parlent-ils au juste lorsqu’ils emploient ce terme ?

Ils entendent d’abord par là l’action de connaître. En cela, ils ne font que se plier à un modèle philosophique indien né de l’analyse pratiquée par les grammairiens : « connaître », comme tout verbe, exprime une forme d’action. Et l’acte acte
puissance
energeia
dynamis
désigné par la racine verbale jñā- est avant tout un acte de manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
. Car le propre de la conscience est de rendre les choses manifestes, de les faire apparaître : être conscient d’un objet sujet
objet
sujeito
objeto
subject
object
Subjekt
Objekt
, que ce soit en le percevant, en l’imaginant, en le conceptualisant, en se le rappelant ou en le rêvant, c’est d’abord en faire un phénomène phénomène
fenômeno
phenomenon
phainomenon
pour la conscience. Pour cette raison, la conscience est souvent désignée dans les textes indiens comme prakāśa Licht
lumière
luz
light
phos
prakāśa
prakasha
. Ce dernier terme, en son sens signification
significação
sentido
sens
meaning
raison d'être
le plus littéral, désigne la « lumière » ; c’est que jñāna, traduit par « cognition » dans le contexte de cette discussion Rede 
discours
discussão
discussion
discourse
discurso
discussão
, est l’acte qui « éclaire » ou « illumine » l’objet.

Mais la cognition n’est pas seulement un acte de manifestation. En effet, se conformant à l’analyse de l’action pratiquée par les grammairiens, la plupart des philosophes brahmaniques s’appliquent à distinguer dans l’action de connaître un sujet connaissant (pramātṛ), un objet de la connaissance (prameya), un instrument de connaissance (pramāṇa) et un résultat de la connaissance (pramā, pramiti) [1] ; mais les philosophes de l’école de Dharmakīrti comme ceux de la Pratyabhijñā soulignent que dans le cas de la conscience, ces distinctions perdent de leur pertinence. En effet, jñāna, la cognition, n’est pas seulement l’acte par lequel une chose est ainsi manifestée ou illuminée (acte plus précisément dénoté par les termes ābhāsana ou prakāśana) : elle est aussi le phénomène (ābhāsa, prakāśa) qui résulte de cet acte de manifestation, et prakāśa peut aussi avoir posséder
avoir
possuir
ter
possess
posuir
ce sens, car il ne désigne pas seulement l’acte de la manifestation, mais encore le fait d’être manifeste qui en résulte pour l’objet manifesté. Les bouddhistes comme les philosophes de la Pratyabhijñā considèrent que ce sont là en réalité Bestand
Grundbestand
Realität 
réalité
realité fondamentale
réalité subsistante
real
réel
realidad
realidade
reality
deux dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
dois
two
deux
aspects d’une même expérience expérience
aisthesis
experiência
sensação
impressão
impression
impresión
sensación
sensation
sentience
vāsanā
 : l’acte par lequel la conscience manifeste et la manifestation qui en résulte sont une seule et même réalité.

La cognition, pour les logiciens bouddhistes et pour les philosophes de la Pratyabhijñā, est même davantage que cela, car elle est encore le « moyen de connaissance » (pramāṇa) grâce auquel l’action de connaître a lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
. Lorsque, par exemple, je suis conscient d’un objet perçu, la perception Wahrnehmung 
Vernehmen
perception
percepção
percepción
(pratyaksa) est le moyen ou l’instrument de connaissance particulier grâce auquel l’objet me devient manifeste, si bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que la perception constitue un type de cognition particulier. Cependant, ce n’est qu’artificiellement, par la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de ce que la scolastique européenne appellerait une distinction de raison, que nous distinguons ainsi ce qui est pour la conscience le moyen de manifester, l’acte par lequel elle manifeste, ou le résultat de cet acte : en réalité, ces trois trinité
trois
triade
ternaire
trindade
três
tríade
ternário
trinity
three
triad
Trimûrti
Trimurti
choses n’en font qu’une, et c’est cette unique entité que les bouddhistes comme les philosophes de la Pratyabhijñā nomment « cognition » ( jñāna).


Voir en ligne : LE SOI ET L’AUTRE

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?