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Brahmâ

On nous objectera peut-être que nous avons nous-même employé plus haut l’expression de « Connaissance Divine », qui est en somme équivalente à la signification primitive des mots « théosophie » et « théologie » ; cela est vrai, mais, tout d’abord, nous ne pouvons pas envisager ces derniers en ne tenant compte que de leur seule étymologie, car ils sont de ceux pour lesquels il est devenu tout à fait impossible de faire abstraction des changements de sens qu’un trop long usage leur a fait subir. Ensuite, nous reconnaissons très volontiers que cette expression de « Connaissance Divine a elle-même n’est pas parfaitement adéquate mais nous n’en avons pas de meilleure à notre disposition pour faire comprendre de quoi il s’agit, étant donnée l’inaptitude des langues européennes à exprimer les idées purement métaphysiques ; et d’ailleurs nous ne pensons pas qu’il y ait de sérieux inconvénients à l’employer, dès lors que nous prenons soin d’avertir qu’on ne doit pas y attacher la nuance religieuse qu’elle aurait presque inévitablement si elle était rapportée à des conceptions occidentales. Malgré cela, il pourrait encore subsister une équivoque, car le terme sanskrit qui peut être traduit le moins inexactement par « Dieu » n’est pas Brahma, mais Ishwara ; seulement, l’emploi de l’adjectif « divin », même dans le langage ordinaire, est moins strict, plus vague peut-être, et ainsi se prête mieux que celui du substantif dont il dérive à une transposition comme celle que nous effectuons ici. Ce qu’il faut retenir, c’est que des termes tels que « théologie » et « théosophie », même pris étymologiquement et en dehors de toute intervention du point de vue religieux, ne pourrait se traduire en Sanskrit que par Ishwara-Vidyâ ; au contraire, ce que nous rendons approximativement par « Connaissance Divine », quand il s’agit du Vêdânta, c’est Brahma-Vidyâ, car le point de vue de la métaphysique pure implique essentiellement la considération de Brahma ou du Principe Suprême, dont lshwara ou la « Personnalité Divine » n’est qu’une détermination en tant que principe de la manifestation universelle et par rapport à celleci. La considération d’Ishwara est donc déjà un point de vue relatif : c’est la plus haute des relativités, la première de toutes les déterminations, mais il n’en est pas moins vrai qu’il est « qualifié » (saguna), et « conçu distinctivement » (savishêsha), tandis que Brahma est « nonqualifié » (nirguna), « au-delà de toute distinction » (nirvishêsha), absolument inconditionné, et que la manifestation universelle toute entière est rigoureusement nulle au regard de Son Infinité. Métaphysiquement, la manifestation ne peut être envisagée que dans sa dépendance à l’égard du Principe Suprême, et à titre de simple « support » pour s’élever à la Connaissance transcendante, ou encore, si l’on prend les choses en sens inverse, à titre d’application de la Vérité principielle ; dans tous les cas, il ne faut voir, dans ce qui s’y rapporte, rien de plus qu’une sorte d’« illustration » destinée à rendre plus aisée la compréhension du « nonmanifesté », objet essentiel de la métaphysique, et à permettre ainsi, comme nous le disions en interprétant la [26] dénomination des Upanishads, d’approcher de la Connaissance par excellence (Pour plus de détails sur toutes les considérations préliminaires que nous avons dti nous borner à indiquer assez sommairement dans ce chapitre, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à notre Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, dans laquelle nous nous sommes proposés de traiter précisément ces questions d’une façon plus particulière.). (René Guénon. L’Homme et son devenir selon le Vêdanta)

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