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Clément d’Alexandrie (150-211)

Un savant chrétien en syntonie avec le milieu alexandrin dans lequel il vit et dont il reçut sa formation, et avec l’auditoire cultivé auquel il s’adresse, qui se composait de "tous ceux qui prétendent à la gnose".

Extrait de la Patrologie de Migne :

CLÉMENT (saint) d’Alexandrie (Titus Flavius Clemens), docteur de l’Eglise, vécut vers la fin du IIe siècle et dans les premières années du IIIe. Il naquit à Athènes, où il fit ses premières études, et il s’était déjà rendu savant dans les belles-lettres et dans la philosophie, lorsqu’il ouvrit les yeux à la lumière de l’Evangile. Une éloquence, nouvelle commençait à s’élever avec une nouvelle religion. Des hommes qui avaient puisé dans leurs opinions, ou plutôt dans leur foi, des lumières supérieures à celles qui avaient éclairé Platon, Démosthènes et Cicerón, fixaient alors l’attention de tout l’univers. Clément, dont l’esprit était naturellement juste et le cœur droit, ne put les entendre parler sans chercher à les connaître, et ne put les connaître sans les admirer. Dès ce moment il ne songea plus qu’à se rendre habile comme eux dans les saintes Ecritures et dans la science du salut. Dans ce dessein, il parcourut la Grèce, l’Italie, l’Assyrie et la Palestine, pour voir les plus savants hommes de notre religion et apprendre d’eux la science de l’Eglise et la doctrine de la tradition. « L’un d’eux, dit-il, m’a instruit dans l’Ionie ; j’en ai vu deux autres dans la Grande-Grèce, l’un était Syriaque et l’autre Egyptien ; j’en rencontrai deux autres encore, en Orient, un Juif d’origine et un Assyrien ; mais celui que je rencontrai le dernier était le premier en mérite. Je le trouvai en Egypte, où je m’arrêtai enfin, l’étudiant sans qu’il s’en aperçût. » Cet illustre maître, selon Eusèbe était saint Pantène, catéchiste d’Alexandrie, que notre saint compare à une abeille industrieuse, qui, suçant les fleurs de la prairie des apôtres et des prophètes, produisait, dans l’esprit de ses auditeurs un trésor immortel de connaissances. Les leçons de cet habile catéchiste achevèrent de lui dessiller les yeux sur l’extravagance du culte de ses ancêtres et sur la supériorité des dogmes du christianisme. Il se fit baptiser, et bientôt après il fut choisi par l’Eglise d’Alexandrie pour remplacer saint Pantène que l’évoque Démétrius venait d’envoyer en mission dans les Indes. Son zèle et ses talents le rendirent célèbre et donnèrent à son école une vogue prodigieuse. Sa méthode consistait à instruire d’abord ses élèves de ce qu’il y avait de plus judicieux dans la philosophie païenne, et principalement dans celle de Platon, dont il avait été autrefois le partisan zélé et pour laquelle il conserva toujours un secret attachement. Il insistait ensuite d’une manière particulière sur certains points de morale communs aux deux religions, tels que les principes de la loi naturelle, la haine du crime, l’amour de la vertu, l’existence d’un être suprême, l’immortalité de l’âme, etc. ; puis il arrivait par degrés, à la doctrine évangélique, dont il développait, avec ses talents ordinaires, et.les avantages sur toutes les doctrines philosophiques, et l’influence immédiate sur le bonheur des hommes. La persécution excitée par l’empereur Sévère l’atteignit l’an .202. Jugeant à propos de céder à l’orage et d’épargner un crime de plus aux bourreaux des chrétiens, il abandonna son école et Alexandrie pour se réfugier en Cappadoce ; de là il revint à Jérusalem, où la crainte des persécuteurs ne l’empêcha pas de prêcher la foi avec un éclat qui pouvait lui devenir funeste. De Jérusalem il se rendit à Antioche, la ville la plus considérable et lav plus peuplée de l’Orient, où le christianisme naissant avait fait beaucoup de prosélytes, mais où lès sophistes avaient aussi beaucoup de partisans. Clément en parcourut toutes les Eglises, eut de longues et fréquentes conférences avec les principaux néophytes éclairant les uns par l’étendue de ses lumières, fortifiant les autres par l’intrépidité de son courage, les édifiant tous par la modestie de sa conduite. Enfin, la persécution cessant, il revint à Alexandrie, où il reprit ses fonctions de catéchiste qu’il exerça jusqu’à sa mort, arrivée en 217, sous le règne de Caracalla. Eusèbe, Photius, saint Jean Chrysostome et autres ont donné de grands éloges à son savoir et à sa vertu, et ces éloges nous paraissent justifiés par ses ouvrages, dont nous allons rendre compte.